| 10.10.05 | 14h37 • Mis à jour le 10.10.05 | 14h37
La Coupe de l'America rencontre un grand succès populaire pour son retour en Europe
Comme en juin à Valence, puis en septembre à Malmö (Suède), le syndicat suisse Alinghi, détenteur de la Coupe de l'America depuis février 2003, a dominé les actes 8 et 9 de la Coupe Louis-Vuitton, disputés respectivement selon la formule du match-racing (duels entre les douze bateaux), puis en régates avec toute la flotte, du 29 septembre au 9 octobre à Trapani (Sicile). Cette supériorité est d'autant plus impressionnante qu'après le licenciement en 2004 du Néo-Zélandais Russell Coutts, figure emblématique de l'America, Ernesto Bertarelli, initiateur du défi, avait choisi de faire tourner ses équipages en confiant la barre à l'Américain Peter Holmberg à Valence, à l'Allemand Jochen Schumann à Malmö, puis à l'Américain Ed Bair à Trapani. Le plus dur pour lui sera peut-être de gérer les ego de ces barreurs hors pair lorsqu'il s'agira de désigner le successeur de Coutts.
Ernesto Bertarelli avait d'autres raisons de se réjouir. Comme à Marseille pour l'ouverture en septembre 2004, les six actes organisés en 2005 ont connu un grand succès populaire. A Trapani, l'America's Cup Park a accueilli 175 000 personnes le premier week-end, puis fêté son millionième visiteur depuis le premier acte à Marseille. Ce port, créé par les Phéniciens il y a près de 3 000 ans, a même profité de l'événement pour renouer avec son passé après huit mois de chantier. 60 millions d'euros de fonds européens, négociés par Antonio D'Ali, sénateur de la région et sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, ont permis de restaurer les rues et les façades de la vieille ville afin de remettre en valeur les influences successives de ses occupants carthaginois, romains, arabes et espagnols.

Aussitôt après sa victoire à Auckland en 2003, Ernesto Bertarelli avait annoncé que la Coupe de l'America allait changer d'ère en retrouvant l'Europe après plus d'un siècle et demi passé dans les vitrines des yacht-clubs américains, australiens et néo-zélandais. Le propriétaire des laboratoires de biotechnologies Serono n'a pas hésité, avec l'Américain Larry Ellison, patron de BMW-Oracle, représentant des challengers, à désacraliser cette épreuve, disputée jusqu'alors tous les trois ou quatre ans avec des règles de nationalité pour les navigants, les architectes, mais aussi pour les bateaux, fabriqués dans le pays d'origine du syndicat, afin de refléter le niveau nautique des nations représentées.

Seule la règle pour le bateau a été conservée, mais les syndicats se sont transformés en multinationales (19 nationalités représentées au sein d'Alinghi et 16 chez BMW-Oracle), employant pour certaines plus de cent personnes afin de préparer et disputer pendant trois ans les treize actes de la Coupe Louis-Vuitton. En 2005, cette coupe a pris des allures de Barnum itinérant pour déplacer les douze Class America de 24 tonnes, avec 2 000 tonnes de matériel et près de 2 000 personnes, à Malmö et à Trapani. Afin d'assurer leur hébergement en Sicile, deux bateaux de croisière proposant 800 cabines avaient dû être affrétés.

America's Cup Management, société créée par Ernesto Bertarelli pour l'événement, assume ces nouvelles dépenses. Le budget d'organisation, qui était de 25 millions de dollars (20 millions d'euros) en 2003, est passé à 195 millions d'euros, couvert par 210 millions de recettes. Neuf sociétés, attirées par le nouveau format de la coupe, ont rejoint Louis-Vuitton, partenaire traditionnel et créateur des éliminatoires en 1983. Parmi elles, Alcatel ne se contente pas d'une contribution financière, mais valorise son savoir-faire technologique en proposant en direct sur Internet ou sur certains téléphones mobiles, pour un abonnement annuel de 12,99 euros, des images en 3 D des régates.

Les douze équipes engagées ne font pas face aussi facilement à l'augmentation des dépenses. Le total des budgets espérés lors des engagements avoisinait 600 millions d'euros, soit trois fois plus qu'à Auckland. Mais les investisseurs ont misé sur les équipes susceptibles de remporter la coupe. Alinghi, qui annonce 100 millions d'euros, a déjà quadruplé ses recettes de sponsoring par rapport à sa campagne de 2003. BMW-Oracle, dont le budget doit désormais dépasser 120 millions d'euros, a annoncé à Trapani un nouveau contrat majeur avec Allianz, déjà partenaire de BMW-Williams en formule 1. Dans le même temps, les Italiens de +39 Challenge, qui, comme d'autres challengers, attendent encore leur sponsor principal, se réjouissaient d'avoir trouvé un sixième partenaire à 2 millions d'euros.

L'utilisation en 2005 de Class America des précédentes campagnes a atténué le handicap des équipes les moins fortunées. A présent, toutes vont devoir consacrer d'importants budgets à la recherche et au développement, puis à la construction des voiliers de la génération 2007. Les Français, seuls avec les Américains à avoir présenté au moins une équipe lors des onze éditions précédentes de la coupe, depuis le baron Bich en 1970, sont parmi ceux qui ont le plus mal négocié cette transformation radicale.

L'équipe du Défi, présente à Auckland en 2000 et 2003 autour de Xavier de Lesquen, Pierre Mas et Luc Gellusseau, a signé un accord avec un financier chinois et court désormais sous pavillon rouge. K-Challenge, dont le lancement par Stéphane Kandler, avec Thierry Péponnet et l'Américaine Dawn Riley, remonte à décembre 2001, n'a séduit que quatre partenaires mineurs et dispose du plus petit budget des onze challengers.

Le bouclage tardif de budgets minimalistes en 2000 et 2003, les interventions politiques dans les campagnes de 1992 (Ville de Paris) et 1995 (France 2 et France 3) ont nui à l'image de la Coupe de l'America auprès des investisseurs français qui préfèrent miser sur les retombées des courses océaniques.

L'absence à bord de K-Challenge de personnages emblématiques, ou des meilleurs spécialistes français de la discipline sous contrat avec les syndicats étrangers, n'a pas facilité le démarchage financier. Quelques coups d'éclat, comme la victoire dans une régate en flotte à Malmö et, surtout, un succès à Trapani sur Alinghi, qui restait invaincu en match racing après 31 duels, suffiront-ils à convaincre à temps des investisseurs ?

Gérard Albouy


Polémiques en Espagne

Rita Barbera, maire de Valence, et Mario Aznar, alors premier ministre, membres du Parti populaire, avaient annoncé 1,6 milliard d'euros d'investissements publics pour la Coupe de l'America, dont 1 milliard à la charge de l'Etat. Nommé premier ministre en mars 2004, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a réexaminé ces engagements avant de promettre 935 millions en juin 2005. Rita Barbera dénonce l'immobilisme du gouvernement et chiffre à 774 millions les "travaux les plus urgents" afin qu'ils soient comptabilisés dans la loi de finances 2006. Le gouvernement vient de répliquer en nommant un haut commissaire pour l'America's Cup : Ricardo Perez Casado, maire socialiste de Valence de 1979 à 1988, qui avait suscité une polémique en affirmant que la ville "ne serait pas prête en 2007" .

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